100 kilomètres à pied, une quête intérieure sur les traces d'Homo sapiens

Qu'est-ce que cela veut dire ? Pourquoi décidé-je de marcher 100 km en une fois ?
Ces 100 km sont en moi depuis très longtemps. Mon père est un grand randonneur inscrit au CAF (Club Alpin Français). J'ai grandi avec les récits de ses aventures du week-end dans les Vosges et de ses étés à travers le monde, dans des pays où personne ne va, et encore moins quand il y est allé (Iran, Yémen, Mongolie, Kirghizistan, Kamtchatka, etc.). J'ai été biberonné aux 100 km Bar-le-Duc → Épinal, au 60 km Nancy → Metz et autres.
Donc, ces 100 km, je les avais en moi et je m'étais toujours dit qu'un jour je pourrais essayer.
Alors quand mon ami Grégory m'appelle et me demande si je veux rejoindre l'équipe qu'il monte avec son oncle et un ami à lui, je n'hésite pas et je dis « oui ». Voilà mon opportunité.
J'y vais sans plus de préparation que ça car je sais au fond de moi que j'en suis capable, comme si c'était déjà fait. Je ne sais pas trop comment dire, mais à aucun moment je ne doute. Un week-end long du mois de mai se présente et je marche 130 km en 4 jours dans le Cantal, sinon rien de spécial sauf : la préparation hydrique et la récupération. Je prévois de beaucoup boire avant, pendant et après l'effort et des boissons supplémentées en minéraux et autres vitamines pour éviter les crampes, les courbatures et la fatigue globale. Mais le doute s'installe lorsque je me fais une énorme crampe/déchirure au mollet gauche 3 semaines avant en jouant au basket. Je vois mon ostéopathe, qui me dit que ça va aller. Il me conseille de démarrer avec l'équipe et de voir ce que le chemin et mon corps me donnent. Il a raison : après 30 km, mon corps s'habitue et je n'ai plus mal au mollet, et cette randonnée m'aura guéri totalement de cette douleur !
Tout a parfaitement fonctionné sur ce plan. D'ailleurs, tout s'est très bien passé durant la marche. Nous avons terminé tous les 4 en 29h. Quelques ampoules pour certains mais rien de méchant. Une super aventure humaine, personnelle, de groupe et d'entraide pour collecter des dons en faveur d'Oxfam pour la protection des plus démunis dans le monde. La cause est belle, il fallait y aller.
Certes, marcher avec un dossard et 400 autres personnes n'est pas ma tasse de thé, j'ai expérimenté une nouvelle façon de marcher. Sur cette randonnée, il ne m'a pas été possible de « fantômer ». Le rythme y était trop soutenu, la ville trop présente et beaucoup trop de monde, sans parler des « ravitos » toutes les 2 heures.
J'ai démarré cette randonnée avec un sentiment d'inconfort. Je ne voulais pas être là, je ne voyais pas ce que je faisais là avec ce dossard, ce sac de 3 kg dans lequel il n'y a rien pour une randonnée, en ville, avec 400 personnes, de la musique à fond sur le départ et de l'eau en abondance dans les ravitaillements tous les 10 km en moyenne. Ce n'est pas ma conception de la randonnée.
Après 15 km, franchement déçu, j'ai changé mon état d'esprit pour être en conscience et présent dans ma marche et accepter l'événement. Il me fallait retrouver l'intérêt et le but de la cause : marcher pour collecter des dons pour Oxfam, marcher avec mon ami Grégory et tenter de marcher 100 km. Ma randonnée était lancée et j'ai passé un magnifique moment.

Certes, je n'ai pas « fantômé » mais j'ai appris beaucoup de choses qui me serviront dans d'autres randonnées, c'est certain. (fantômer, j'en parle longuement ici)
À partir du 42ème kilomètre, chaque mètre était mon nouveau record.